Lait polémique ?

Je rencontre de plus en plus souvent la question de la réduction voire de suppression du lait par certaines familles y compris chez de très jeunes enfants. L’occasion pour nous de faire un petit point sur le quoi du comment du lait pour bébé…

Le lait a longtemps été l’aliment santé par excellence. C’est vrai qu’il présente l’avantage de combiner un maximum de nutriments essentiels, de l’eau, une couleur et un goût sympa. Et puis c’est l’aliment originel, celui de la mère à l’enfant. Mais alors pourquoi tant de haine ? À titre personnel, je ne suis pas une grande buveuse de lait, je l’ai été « culturellement », mais de manière assez rigolote un échange avec une collègue nutritionniste m’a fait prendre conscience qu’il n’était pas forcément très normal d’avoir le ventre en vrac après une consommation de lait et que je devais surement être intolérante. Question que je ne mettais jamais posée, car clairement, le lait, c’est un des ingrédients de base de ma culture alimentaire. Pourtant l’intolérance au lactose, le sucre du lait, est très fréquente chez l’adulte (10% à 90% selon les régions du monde).

Tous intolérants au lactose ?

C’est l’intolérance la plus fréquente dans le monde. Elle serait d’origine développementale, c’est-à-dire qu’en grandissant l’humain perd plus ou moins sa capacité à digérer le lactose (moins besoin de lait ?).

Chez le jeune enfant, l’origine est plutôt génétique. Elle entraîne après consommation de lait des diarrhées nauséabondes, vomissements et assez rapidement un état général pas folichon. Ces cas sont extrêmement rares et potentiellement graves puisque l’aliment de base du nourrisson est le lait. Et le lactose, c’est LE sucre du lait, de TOUS les laits, y compris le lait de femme, de chèvre ou de brebis…

Suite à une gastro-entérite, bébé peut avoir des épisodes d’intolérance passagère au lactose, sa muqueuse intestinale pouvant être fragilisée.

La nature est bien faite…

Le lait est un aliment complet adapté au besoin de croissance rapide du nourrisson (sa raison d’être). Il contient des protéines d’excellente qualité à la juste quantité par rapport à l’espèce (le lait de femme est moins riche que le lait de vache ou le lait de chèvre et de brebis). Il est également composé d’une part importante de matières grasses, dont des acides gras essentiels indispensables au bon développement de bébé. Les laits des mammifères ont une composition adaptée au petit de chaque espèce. Il n’y a donc pas lieu de réfléchir… le meilleur lait pour bébé est celui de sa mère ! Les laits infantiles sont fabriqués à la manière d’une recette de cuisine pour se rapprocher le plus possible du lait humain. Alors oui, après le lait de femme, ce sont bien les laits les plus adaptés à votre enfant au moins sur la première année.

Allaitement bébé Breizhou

Les boissons végétales en dehors des laits infantiles fabriqués à partir de riz ou de soja ont une composition absolument inadaptée à bébé. Trop pauvres en énergie, protéines et en micro nutriments. Pour avoir travaillé dans une ancienne vie comme chef de produit Boissons végétales, je peux vous assurer que la fabrication de celles-ci est loin d’être naturelle et il suffit de regarder les compositions pour s’en rendre compte, même quand on part sur du bio. On peut en donner à bébé dès 7/8 mois mais vraiment plus dans une optique de découverte du goût.

Il existe désormais des laits infantiles à bases de protéines végétales, ils ont été développés pour répondre aux problématiques de bébés allergiques aux protéines de lait de vache ayant une mauvaise tolérance aux hydrolysat poussés de protéines de lait de vache. Il s’agit des produits : Modilac Riz, Novalac Riz, Prémibio Riz

Attention, si bébé est intolérant au lactose ou allergique aux protéines de lait de vache, les laits de chèvres ou de brebis ne seront vraisemblablement pas adaptés. Tout d’abord, car ils contiennent également du lactose en quantité équivalente au lait de vache et surtout, les protéines sont très proches, le risque n’est donc pas négligeable que bébé allergique surréagisse également avec ces laits.

Pourquoi le lait est-il essentiel à bébé ?

La vitesse de croissance que va vivre bébé sur cette première année de vie est très importante. Il se construit littéralement. Il lui faut donc de l’énergie en quantité (matières grasses et sucres), mais également des « briques » : protéines, lipides, calcium… Tout cela dans un volume le plus petit possible, car à 1 mois, son estomac est de la taille d’un œuf ! Si dans le ventre de maman, il avait à disponibilité un réservoir externalisé en énergie et en nutriments approvisionné en continu, l’histoire est différente après la naissance ! Que l’on soit clair, tous les nutriments nécessaires à bébé peuvent être apportés différemment, mais bon… Les fruits et légumes sont trop riches en eau, pauvres en protéines et matières grasses. La viande apporte des protéines et un peu de matière grasse, mais peu de sucres…

Mais finalement, que reproche-t-on au lait ?

  • Pas si naturel ?

Il est vrai qu’entre le pis de la vache et votre placard, le lait subit de nombreuses étapes. Les objectifs sont les suivants :

  • Standardiser le lait en composition et en goût : résultat chaque bouteille du magasin partout en France aura le même goût, la même composition nutritionnelle et le même comportement en vieillissant (ce qui nous arrange quand même un peu).
  • Stériliser pour éliminer le risque bactérien, mais aussi permettre de garder le lait à température ambiante plus longtemps. Ceux qui ont déjà manipulé le lait frais, qui peut déjà avoir tourné en fin de journée, voient ce que je veux dire.
  • Quoiqu’on en dise rendre accessible : cette façon de faire permet de baisser les coûts de production donc de vente. C’est ce qui fait qu’un litre de lait peut coûter le même prix que l’entrée du pipi-room de votre gare…
  • Pour ce qui est des laits infantiles, on a en plus des étapes de « formulation » et « d’amélioration » pour comme on l’a vu plus haut tenter de « calquer » le lait de femme.
  • Trop de facteurs de croissance ?

Le lait est le résultat d’une évolution de plusieurs milliers d’années dans cet unique but…donc oui, sa composition est faite pour stimuler la croissance. C’est même son unique raison d’être. À aujourd’hui, nous n’avons pas d’éléments fiables montrant que le lait pourrait entraîner obésité ou cancer du fait d’une sur-stimulation de la croissance de nos cellules…tout comme les études montrant qu’il faut consommer 3 à 4 produits laitiers par jour pour être en bonne santé peuvent être discutables… Il faut raison garder et si le sujet doit se poser de rationaliser la consommation de lait, c’est bien pour l’adulte et non l’enfant, simplement car, oui, l’enfant et l’adolescent ont besoin de grandir

  • Il pourrait favoriser les allergies ?

L’allergie est une affection complexe dont on découvre à peine les mécanismes et les causes. A aujourd’hui, nos connaissances sont insuffisantes sur le sujet. C’est la raison pour laquelle les recommandations changent régulièrement sur le sujet. Certaines théories suggèrent que le lait serait un concentré de composants antigéniques, c’est-à-dire allergisants. Le principe est qu’en exposant à ces molécules en petites quantités via le lait, le bébé mammifère augmenterait sa future tolérance à ces mêmes composés une fois sevré. Ainsi, la variété de l’alimentation de la mère permettrait à l’enfant allaité un 1er contact « sécurisé » avec les allergènes potentiels.

Ce qui est reproché par certains au lait dit « industriel » est qu’il mélange le lait de très nombreuses vaches donc potentiellement, il exposerait à une plus grande variété de molécules allergisantes et que potentiellement cette situation pourrait sur-stimuler le système immunitaire de nos bébés (et de nous). Il n’y a pas d’éléments scientifiques à date permettant d’étayer cette théorie. Par ailleurs, c’est une question de points de vue, on pourrait considérer que la vache ayant un régime alimentaire réduit par rapport à celui de l’homme, il exposerait à moins d’allergènes ? Ou que au contraire, le mélange des laits bien que multipliant le nombre d’allergènes potentiels aurait pour conséquence de diminuer la quantité de chacun donc une exposition graduelle plus à même d’aider à l’acquisition de la tolérance…En bref, on ne sait pas, le principe du théorique est que tout est possible, mais que rien n’est avéré !

  • Ce n’est pas la meilleure source de Calcium ?

Le Calcium est un minéral essentiel au fonctionnement de notre organisme. Il sert certes à la croissance, mais également à la communication entre les cellules, au fonctionnement du muscle et du système nerveux… Les taux de calcium sont maintenus « stables » et cette stabilité est essentielle à notre équilibre interne. Nos os constituent une réserve d’ajustement, ils représentent plus de 98% de nos stocks de Calcium. Quand le corps manque de Calcium, il « détruit de l’os » pour en libérer.  Cette réserve de Calcium se constitue grâce à la minéralisation osseuse qui se fait pendant l’enfance et l’adolescence. Le lait étant fait pour « grandir », ça tombe bien, il est plutôt riche en calcium biodisponible.

Si pendant longtemps la consommation de produits laitiers a été encouragée pour prévenir la survenue des fractures ou de l’ostéoporose à l’âge adulte, de nouvelles études contradictoires remettent en question ce qui semblait une évidence il y a encore une 10aines d’années. Pour autant, encore une fois, les questions qui se posent pour l’adulte méritent de se poser différemment pour l’enfant. Étant en pleine phase de constitution de son « capital osseux », bébé a besoin de bénéficier d’une source simple, appétante et riche de Calcium, c’est le cas du lait. Il existe bien évidemment d’autres aliments riches en Calcium : certaines eaux minérales, certains légumes, les sardines, les amandes…le bémol chez le jeune enfant est leur capacité à être consommés en quantité suffisante et régulière pour couvrir les besoins !

Mais alors, quel lait donner à bébé ?

Jusqu’à 6 mois, l’allaitement maternel exclusif est préconisé. À défaut, un lait infantile 1er âge tout ce qu’il y a de plus simple fera parfaitement l’affaire. À partir de 2020, l’enrichissement en DHA sera obligatoire dans tous les laits infantiles, certaines marques ont déjà intégré cet oméga 3 dans leur composition (top pour le développement cérébral).

Le lait 2e âge peut être donné à partir du moment où bébé est diversifié. La consommation d’aliments solides va naturellement avoir pour effet de réduire le volume de lait consommé. Les laits 2e âge sont donc plus concentrés en nutriments essentiels : fer, acides gras essentiels, calcium…

Enfin si bébé réduit fortement sa consommation de lait journalière, les laits de croissance sont encore plus concentrés ce qui permet une meilleure couverture des besoins en micronutriments malgré un volume réduit à partir de 10 mois.

À base de lait de vache, de chèvre ou de protéines de riz, bio ou non bio, niveau santé, peu importe, l’essentiel est bien de choisir un lait « infantile » qui est soumis à la réglementation des préparations pour nourrissons. Cette réglementation, extrêmement stricte permet un haut niveau de sécurité nutritionnel, bactériologique et chimique. Les épisodes de retraits de l’année dernière sont des situations extrêmement rares, les industriels étant soumis à une obligation de résultat.

À partir de 12 mois, si le régime alimentaire de bébé est équilibré, le lait de vache entier pourra être proposé, en Bio cette fois, en remplacement ou en alternance avec le lait de croissance.

Que faire quand bébé refuse le lait ?

Cela peut arriver au moment de la diversification, bébé régulant ses apports, il peut réduire voir complètement rejeter le lait. Avant 12 mois, le lait doit rester prépondérant dans l’alimentation de bébé, il s’agit alors de trouver des parades.

Ne pas hésiter à enrichir les purées avec du lait infantile. Vous pouvez également ajouter des céréales dans le biberon du matin ou du cacao. Pour les amateurs de cuisine, une autre solution est de confectionner des crèmes desserts, bouillies, riz au lait et autres semoules à base de lait infantile.

Enfin, il est possible de remplacer une partie de l’apport en lait par un yaourt ou une portion de fromage, mais il faut avoir en tête que s’ils sont équivalents en termes d’apport en calcium, leur composition nutritionnelle est très différente de celle du lait (moins complets).

La phase de néophobie autour de 15/18 mois peut aussi provoquer un arrêt ou une baisse drastique de la consommation de lait. Dans ces cas là, ne pas hésiter à proposer du lait de croissance en versions aromatisées ou du lait entier, meilleur en goût.

Pour conclure…

Si les polémiques peuvent sembler nombreuses autour de la question du bon niveau de consommation de lait et de produits laitiers chez l’adulte, il n’y a aucun doute que chez l’enfant la consommation de lait est essentielle. Le lait maternel est LE lait idéal, sa composition varie en fonction du moment de la journée et des besoins de bébé pour s’y adapter parfaitement. Malheureusement, l’accompagnement des mères est encore insuffisant et trop rares sont les enfants à être allaités au-delà des 3 mois. Dans ce contexte, le lait infantile industriel permet une bonne couverture des besoins nutritionnels de « bases » de bébé sans excès ni carences.

Et vous, quelle est votre position sur le lait ?

Belle journée !

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